Prix Nobel d'Économie 2019, Professeure au MIT & au Collège de France · Pionnière de l'Économie Expérimentale au Service des Plus Pauvres

"Je veux pratiquer l'économie comme une vraie science humaine. Rigoureuse, impartiale, sérieuse. Une science de l'homme, dans toute sa richesse et sa complexité. Mais une science humaine finalement : généreuse, ambitieuse, engagée."

Économiste franco-américaine née le 25 octobre 1972 à Paris. Famille protestante. Père mathématicien, mère pédiatre engagée dans des projets humanitaires. Classe préparatoire lettres et sciences sociales (B/L) au lycée Henri-IV. Diplômée de l'École Normale Supérieure (histoire et économie, 1992). Magistère d'économie Paris-I (1992-1993). DEA APE à l'EHESS. Dix mois passés à Moscou (1993) : mémoire sur le premier plan quinquennal soviétique. Agrégation de sciences économiques et sociales (1996). Doctorat en économie au MIT (1999, sous la direction d'Abhijit Banerjee). Assistant Professor au MIT (1999). Professeure associée au MIT (2002, à 29 ans). Professeure titulaire au MIT (2004, à 32 ans). Co-fondatrice du J-PAL (Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab, MIT) avec Abhijit Banerjee et Sendhil Mullainathan : réseau de 300 chercheurs dans le monde, plus de 1 000 études randomisées menées dans 90 pays. Chaire internationale "Savoirs contre la pauvreté" au Collège de France (2008-2009). Chaire statutaire "Pauvreté et Politiques publiques" au Collège de France (depuis 2022). Naturalisée américaine (2012). Épouse d'Abhijit Banerjee (depuis 2015). Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel (2019) : 2e femme après Elinor Ostrom et plus jeune économiste de l'histoire à recevoir cette distinction. Bourse MacArthur "Genius Grant" (2009). Médaille John Bates Clark (2010). Prix de la Princesse des Asturies pour les sciences sociales (2015). Membre de la National Academy of Sciences des États-Unis, de l'Académie américaine des arts et des sciences et de la British Academy. Membre du Conseil scientifique de l'Éducation nationale (depuis 2018). Membre du Conseil consultatif de l'ONU. Auteure de "Repenser la pauvreté" (Seuil, 2012, Financial Times Business Book of the Year 2011, 17 langues), "Économie utile pour des temps difficiles" (Seuil, 2020). Série jeunesse "Afia, Bibir, Neso y Najy, Nilou et Oola" (Seuil, 2022). Intervenante au Forum de Davos, aux Journées de l'UCLy, et dans de nombreuses institutions françaises et internationales.

Esther Duflo a grandi à Asnières-sur-Seine dans une famille où l'engagement humanitaire était une évidence. Sa mère partait régulièrement soigner des populations défavorisées à l'étranger. Elle-même faisait du bénévolat dans des ONG dès l'adolescence et pratiquait le scoutisme. Cette sensibilité aux inégalités, elle aurait pu en faire une vocation caritative. Elle en a fait une science.

Après l'ENS et un séjour en Russie qui lui ouvre les yeux sur l'économie réelle, elle part préparer son doctorat au MIT sous la direction d'Abhijit Banerjee, qu'elle épousera vingt ans plus tard. Sa thèse pose d'emblée sa signature intellectuelle : l'économie du développement abordée non par les grandes théories macro mais par l'expérimentation sur le terrain, au plus près des comportements réels des personnes en situation de pauvreté. Ce que les médecins font avec les essais cliniques randomisés, elle va l'importer en économie. Une révolution méthodologique qui met vingt ans à être consacrée, et qui l'est en 2019 par le Prix Nobel d'économie, qu'elle reçoit à 46 ans, devenant la deuxième femme et la plus jeune économiste de l'histoire à recevoir cette distinction.

Ses questions de recherche sont aussi concrètes qu'elles sont fondamentales : pourquoi les paysans kenyans n'utilisent-ils pas les engrais rentables dont ils disposent ? Pourquoi les parents pauvres ne font-ils pas vacciner leurs enfants ? Comment concevoir des programmes éducatifs qui fonctionnent vraiment ? Ce regard microéconomique, empirique et profondément humain sur des problèmes jugés trop complexes pour être résolus lui vaut une reconnaissance mondiale et une influence directe sur les politiques publiques de dizaines de pays. En grand-témoin, Esther Duflo apporte ce que très peu d'intervenants peuvent offrir : la rigueur d'une chercheuse de niveau mondial, la chaleur d'une femme profondément engagée, et la capacité rare de rendre passionnants les mécanismes économiques qui décident du sort de milliards d'êtres humains.